Conrad Shawcross
« Je suis fasciné par les questions de certitude et par l’imagination scientifique, qui, dans la théorie des cordes par exemple, interroge la forme de l’univers et les mouvements. Pour moi, la science est une construction logique parfaitement rationnelle et empirique, qui ne repose que sur elle-même. Cette construction ne cesse de grandir, alors même que ses fondements sont instables, à l’image de ces grandes tours ou bâtiments sur piliers. » (Conrad Shawcross)

Les questions scientifiques et philosophiques posées par les mathématiques et l’épistémologie sont au cœur de la pratique de Conrad Shawcross. Le travail de l’artiste fait se rencontrer différents champs scientifiques pour créer des images qui, à l’instar de ces dispositifs de modélisation mathématique que l’on trouve dans les musées des sciences, permettent de visualiser et de faire comprendre des liens de causalité complexes ou des principes théoriques, sans pour autant les nommer explicitement. Souvent réalisées en bois et surdimensionnées, les sculptures cinétiques de Conrad Shawcross se démarquent par leur allure anachronique : telles ces formidables machines des débuts de l’industrialisation, elles tournoient sur elles-mêmes et fabriquent des objets dont la valeur d’usage demeure aussi hypothétique que celle des connaissances produites par la recherche fondamentale.
The Nervous Systems, une installation imaginée pour le Grand Hall du Mudam, vient s’ajouter à une série de dispositifs semblables commencée en 2003 et dans laquelle l’artiste, par ailleurs adepte de voile, s’ingénie à faire et défaire des cordes. Par son aspect imposant, cette machine métaphorique en forme de tour rappelle à la fois un accélérateur de particules et un spinning jenny, la première machine à filer de l’ère industrielle. Sa forme hexagonale, la structure hélicoïdale de ses deux escaliers en colimaçon et les brins des cordes qui, tels des faisceaux de lumière, semblent jaillir d’un foyer commun s’agrègent en une évocation visuelle de récentes découvertes ou théories scientifiques, du décryptage du génome humain à la théorie des cordes développée en physique théorique. La lenteur des mouvements de la machine renvoie quant à elle au passage du temps, qu’elle rend de ce fait palpable. Le temps est présent dans ses deux formes fondamentales, cyclique et linéaire, incarnées respectivement par le tournoiement circulaire des 162 rouleaux de fil et l’allongement progressif de la corde ainsi produite.
The Nervous Systems propose une réflexion artistique sur des phénomènes aux confins de la physique et de la métaphysique. Énigmatique, la machine de Conrad Shawcross demeure à tout jamais mystérieuse, contradictoire et fascinante.
